Grossesse gémellaire – mon accouchement à Singapour

chambre post accouchement Singapore

Tout a commencé le mardi 9 mai.

Mon Homme vous dirait que c’est à cause de cette virée Ikea que j’ai effectuée le matin pour acheter le dernier matériel nécessaire pour l’arrivée des twins  (matelas à langer gonflable d’appoint, draps housse pour les lits, tapis d’éveil, etc.).

Moi, je n’ai pas d’avis sur la question. Si cela devait arriver, Ikea n’a rien à voir là dedans.

Donc, ce mardi 9 mai au soir, j’ai eu quelques petits saignements. Rien de bien grave mais quand cela n’arrive jamais, on se pose des questions et on surveille, surtout quand on en est à 34 semaines d’aménorrhées de grossesse et dans le cas d’une grossesse gémellaire.

Le lendemain matin, rebelote. J’ai commencé à m’inquiéter et par acquis de conscience, j’ai envoyé un mail à mon gynécologue pour lui demander son avis.

Pour information, ce mercredi 10 mai 2017 était un jour férié à Singapour (« Vesak Day »): on fêtait la naissance de Bouddha.

Malgré ce « public holiday », moins d’une heure plus tard, j’avais une réponse de mon gynécologue. Il n’y avait probablement pas lieu de s’inquiéter mais ça valait coup de passer aux urgences pour vérifier que tout allait bien.

C’est donc en début d’après-midi que nous nous sommes dirigés, en famille (jour férié = pas de preschool pour petit paquet = pas de helper à la maison pour la garder), aux urgences de l’hôpital dans lequel je suis suivie.

Efficacité singapourienne, j’étais rapidement prise en charge pour plus d’une heure sous surveillance monitoring (sans compter le temps nécessaire {25-30 minutes ?} pour placer les électrodes pour trouver les 2 battements de cœur des jumelles).

Déjà, entendre que 2 petits cœurs battent toujours, est rassurant en soi. On se fait toujours une montagne de ce qu’il peut arriver quand quelque chose de « pas normal » entre en scène.

monitoring twins Singapore

Après cet interminable monitoring et aucune contraction à l’horizon, le médecin vient tout de même vérifier que mon col n’est pas ouvert, sait-on jamais (2ème fois qu’on examine mon col durant toute cette grossesse gémellaire a Singapour… et encore, c’est parce que la 1ère fois, je l’avais demandé !)…

Et là, le couperet tombe : « Madame, votre col est ouvert à 2cm, on va être obligé de vous garder sous surveillance pendant 24h minimum ».

Branle bas de combat du côté de Mon Homme qui doit remplir un tas de paperasse et à qui on annonce les frais d’hospitalisation : en gros, chaque heure passée en « delivery suite » (salle de naissance) sous surveillance monitoring coûte près de 100$ de l’heure (sauf les 3 premières heures comprises dans l’admission) mais si aucune contraction, on m’emmène en chambre de post-accouchement, à près de 500$ la nuit (pour une chambre seule).

Retour nécessaire pour Mon Homme à la maison pour aller chercher ma valise de maternité que j’avais bouclée (ouf…), rappeler notre helper pour lui demander de rentrer et de s’occuper de petit paquet pendant qu’il fait les aller/retour à l’hôpital.

Pendant ce temps, je change d’endroit pour aller en salle de naissance, même cirque pour poser les électrodes et trouver le cœur des jumelles et c’est parti pour plus d’une heure de monitoring.

delivery suite Singapore

On m’explique aussi qu’on va procéder à l’injection d’un produit pour accélérer la maturation des poumons des twins si elles devaient naître dans les prochaines heures. 2 injections à faire à 12h d’intervalle. Petite aparté : ces injections, faites dans la cuisse, ne sont vraiment pas agréables… (je suis douillette oui !). Sans compter la pose du cathéter sur la main… Oui, je n’aime pas les piqûres !

Entre temps, Mon Homme revient avec ma valise, reste un peu avec moi puis va retrouver petit paquet pour le dîner.

Toujours aucune contraction à l’horizon, le personnel décide donc de me déplacer en chambre post-accouchement pour y passer la nuit.

chambre post accouchement Singapore

Pour la 3ème fois, on me refait un monitoring : R.A.S.

Vers minuit, on me laisse enfin tranquille pour me reposer.

C’est bien entendu à ce moment-là que les contractions décident de faire leur apparition. Les contractions qui t’empêchent de dormir et dont tu calcules la régularité. Au bout d’1h30, j’appelle les infirmières pour leur faire part de ces contractions qui, sur une échelle de 0 à 10, valent bien un 5 (question qui me sera posée à chaque fois, pour évaluer mon état de « souffrance »). Étonnées, car rien ne présageait celles-ci lors du monitoring, elles en appellent au médecin qui décide de me redescendre en salle de naissance.

Pout la … 4ème fois (?), on me remet sous monito et cette fois-ci, les contractions sont bien visibles mais espacées donc pas lieu de s’inquiéter pour le moment.

Elles deviennent néanmoins de plus en plus fortes au fil de la nuit et ne me laissent pas de répit pour dormir un peu. J’en viens à demander quelque chose aux infirmières pour faire passer la douleur.

delivery suite Singapore

La 2ème injection du produit pour faire maturer les poumons est faite (ça fait toujours aussi mal…).

Un médecin vient examiner à nouveau mon col qui est désormais ouvert à 4cm.

Branle-bas de combat bis : le médecin m’annonce que j’ai commencé le travail mais que, comme TwinA est en siège, il va falloir procéder à une césarienne d’urgence. J’ai à peine le temps d’appeler Mon Homme pour le prévenir que c’est pour maintenant mais qu’il n’aura pas le droit d’y assister (en raison du caractère urgent de la césarienne) et de remettre mon téléphone, mes bagues et mon bracelet, que je suis emmenée au bloc.

Tout le monde est déjà en place et m’attend. On me fait une rachianesthésie (« spinal anesthesia »), bien moins douloureuse dans mon souvenir que la péridurale posée pour petit paquet (mais ce doit être en raison des contractions moins intenses que j’avais à ce moment-là) puis tout est mis en place. Par dessus le drap qui cache à ma vue l’opération, mon gynécologue vient me saluer en me rassurant et me disant que tout va bien se passer. Il faut savoir qu’à Singapour, c’est le gynécologue qui suit la grossesse qui pratique l’accouchement (c’est compris dans le « package »). Le mien devait être content d’être réveillé à 5h30 du matin pour une césarienne d’urgence…

J’appréhendais énormément cette césarienne (« C-section ») mais en fait, tout est allé très vite. Quelques minutes après avoir testé l’anesthésie de la partie inférieure de mon corps avec un bloc de glace, j’entendais TwinA pousser son premier cri à 6h23, suivi 1 minute après par celui de TwinE à 6h24.

Malheureusement, pas le temps de les voir, elles sont directement emmenées pour les examens de routine nécessaires. Après, le temps m’a paru long et court à la fois dans cette salle d’opération, le temps que l’on me recouse. Long car j’avais très mal à l’épaule droite, étant dans une position inconfortable, mais une infirmière (ou l’anesthésiste ?) m’a gentiment aidé à repositionner mon bras afin de soulager ma douleur et long d’attendre de pouvoir voir et embrasser enfin mes bébés.

C’est donc en moins d’une minute que 2 puéricultrices m’ont présenté TwinA et TwinE et m’énonçant leur taille, poids et circonférence crânienne (que je n’ai absolument pas retenu !) et m’ont laissé juste le temps de les embrasser avant de les emmener en néonatalogie (« Special Care Nursery »).

TwinA et TwinE font toutes les deux 46cm, TwinA pèse 2,22kg et TwinE pèse 1,99kg. Le peu de temps où je les ai aperçues, je les ai trouvé petites et frêles, trop frêles pour des nouveaux-nés… En attendant, à 34sa, je ne pouvais pas m’attendre à autre chose mais entre ce que l’on s’imagine et la réalité, il y a parfois un fossé ou un gouffre.

Après avoir été recousue, j’ai été emmenée en « recovery room » (salle de réveil), pendant 1 heure, le temps de vérifier que tout allait bien où Mon Homme est venu me retrouver pour me féliciter et me montrer les premières photos de nos filles en néonatalogie.

Puis, j’ai retrouvé ma chambre dans la section post-accouchement pour la journée entière, n’ayant pas le droit de me lever et restant sous surveillance. On ne voulait pas me laisser aller voir mes filles et c’est seulement quand mon gynécologue est passé me voir que j’ai obtenu son autorisation pour descendre 6 étages plus bas les voir en néonatalogie mais seulement en fin de journée et en chaise roulante, sans avoir le droit de me lever.

J’ai donc dû patienter 12 heures avant de revoir mes filles, ce qui m’a semblé une éternité alors que Mon Homme naviguait entre les 2 unités de l’hôpital…

Quand enfin j’ai pu descendre les voir, j’ai été confrontée de plein fouet à l’environnement de la néonatalogie, ce à quoi je n’étais vraiment pas préparée. Combiné avec la chute des hormones post-accouchement, j’ai eu du mal à retenir mes larmes en voyant mes 2 filles reliées à des fils et des machines, leur petit corps si frêle de prématurés, TwinE avec un tube dans la bouche pour la nourrir. Première vraie rencontre trop courte, déjà terminée, en raison des horaires strictes de visites de néonatalogie. Il ne me tardait qu’une chose : être au lendemain 11h pour pouvoir de nouveau leur rendre visite, les observer plus attentivement, pour essayer de distinguer leur différence, que je n’avais vraiment observé que sur les photos prises par Mon Homme, l’émotion étant trop forte lors de notre première vraie rencontre.

S’en sont suivis 2 jours d’aller/retour entre ma chambre et la néonatalogie. Tous les matins, les infirmières venaient me donner des nouvelles de mes filles pour m’informer de ce qu’il s’était passé durant la nuit.

J’aurais pu sortir le samedi 13 mai mais j’ai préféré prolonger d’une journée, afin de me reposer et sachant pertinemment que mes filles ne m’accompagneraient pas lors de ma sortie. Je ne me sentais pas la force de sortir si tôt (je n’arrivais même pas à me tenir droite en marchant) et même si je n’avais pas mes filles avec moi durant la journée et la nuit, j’étais épuisée émotionnellement et physiquement (en raison de la césarienne, des venues du personnel médical dans la chambre pour un « checking » jour et nuit mais aussi parce que je tirais mon lait toutes les 3 heures, jour et nuit). Je savais aussi qu’une fois rentrée à la maison, j’aurais à faire avec ma fille aînée ! Même si ma famille me manquait (être toute seule une partie de la journée dans sa chambre n’a rien de réjouissant), j’ai pensé que m’octroyer une journée de plus au calme n’était pas du luxe avant la nouvelle vie qui m’attendait à la maison avec 3 enfants dont 2 nourrissons !

C’est donc le dimanche 14 mai à midi que j’ai quitté la maternité, accompagnée de Mon Homme et de ma fille aînée, sans les twins…

J’estime avoir été très bien prise en charge à l’hôpital pour cet accouchement soudain. Le personnel médical était très à l’écoute, pro-allaitement, de nombreux spécialistes se sont succédés dans ma chambre (physiothérapeute, conseillère en lactation…) et mon gynécologue est passé me voir au moins une fois par jour pour prendre de mes nouvelles.

Je reviendrai plus en détail sur différents aspects de cet accouchement dans des articles dédiés : la néonatalogie, les hospitalisations de mes filles qui s’en sont suivies, le coût final de mon accouchement, l’allaitement, etc.

Aujourd’hui, j’ai encore du mal à réaliser que j’ai déjà accouché il y a plus de 2 semaines. Je serai désormais à 37 semaines d’aménorrhées et quelques jours et les twins ne seraient plus considérés comme prématurés.

Peut-être que si je m’étais plus refrénée sur les sorties, elles seraient encore bien au chaud dans mon ventre et qu’on aurait évité la néonatalogie, les hospitalisations, la sonde gastrique, les montagnes russes émotionnelles et le stress qui s’en sont suivis… Mais peut-être pas.

Maintenant, essayer de mettre de côté la culpabilité qui me gagne parfois pour profiter de ces merveilles. Chaque jour nous éloigne un peu plus de la prématurité.

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commentaires

  1. Ma vie de maman severine wuillemier affirme: mai 29, 2017 at 10:16

    Eh bien quelle histoire. C’est différent de la France

  2. Pas facile d’etre restee loin si longtemps de tes filles. Ca m’attriste beaucoup pour vous… meme si c’est une sorte de norme en Asie.
    Quant a la cesarienne, finalement, avec un bebe en siege, j’imagine que tu n’as pas de regrets…
    Vos premieres photos de famille sont magnifiques en tout cas 😀

    • muminlearning affirme: mai 31, 2017 at 6:28

      En effet, ce fût une semaine très éprouvante, à laquelle on n’est jamais vraiment préparé…
      Combiné avec les hormones, je ne te raconte pas l’état dans lequel j’étais ! Mais maintenant (normalement), tout ça est derrière nous !
      Pour la césarienne, en effet, je n’ai pas vraiment eu le temps d’y penser, tout est allé tellement vite. Et puis, je savais lors d’une écho faite quelques heures plus tôt que si je devais accoucher, ce serait par césarienne car TwinA était toujours en siège. L’idée avait probablement dû faire son bonhomme de chemin…
      Merci de ton mot 🙂

  3. […] n’est plus un secret pour personne si vous me suivez sur les réseaux, la naissance prématurée des jumelles et leur premier mois de vie ont été ponctués de divers séjours à l’hôpital […]

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